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Combien de protestants en France au XVIe siècle ? |
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À partir de 1517, année de la publication des 95 thèses à Wittenberg, les idées luthériennes se sont propagées en France. Ce succès a été favorisé dans un premier temps par l'esprit de réforme entretenu par les humanistes et par la tolérance intellectuelle de François Ier. La rupture Erasme-Luther de 1525 et l'affaire des Placards de 1534 ont amené une répression qui s'est beaucoup radicalisée sous le règne d'Henri II (1547-1559). En 1534, l'affichage à Paris et dans plusieurs villes du Val de Loire, jusque sur la porte de la chapelle royale du château d'Amboise, d'un texte très injurieux envers l'Église romaine et sa conception du sacrement de l'Eucharistie, provoque la colère de François Ier. Cette provocation délibérée, mise au point par des réfugiés français à Lausanne hostiles à l'esprit de conciliation entretenu par les humanistes érasmiens, joue au contraire la logique de l'affrontement. L'année 1541 marque le point de départ de la diffusion du calvinisme en France avec la traduction en français d'une version augmentée de L'institution chrétienne publiée en latin en 1536 et la rédaction des Ordonnances ecclésiastiques qui organisent l'Église de Genève érigée en modèle universel. Toutefois, Calvin ne peut s'intéresser au royaume qu'à partir de 1555, en envoyant des pasteurs pour transformer les petits cercles confidentiels « plantés » en églises « dressées ». Le premier synode national, véritable structure dirigeante du protestantisme français, se tient à Paris en 1559. Le protestantisme français au temps de l'Édit de Nantes(d'après DHGE, article « France », Paris, éd. Letouzey et ané, 1977)
Le succès n'est pas partout le même dans le royaume. Un croissant d'églises s'étend du Poitou jusqu'au Dauphiné en mordant sur le sud-est du Massif-Central. Les zones de haute densité sont les provinces d'Aunis et Saintonge, le sud du Poitou, la Guyenne, la Gascogne, le Bas-Languedoc, les Cévennes, le Vivarais et le Dauphiné. En revanche, dans la France du Nord, à l'exception d'îlots comme la plaine de Caen, il s'agit plutôt d'un semis dispersé. Les quelques églises puissantes, comme Paris, Rouen, Lyon, Tours, Orléans, Bourges, Troyes, restent isolées dans un monde largement catholique. A l'apogée du succès du calvinisme, entre 1559 et 1565, il a existé autour de 1 500 communautés de base regroupant environ deux millions de fidèles, soit 10 % de la population. Parmi la minorité de clercs séduits par la Réforme, une partie est vite revenue au sein de l'Église romaine. On a prétendu que la moitié de la noblesse s'était convertie. Ce chiffre exagéré, recouvrant en fait d'importantes différences régionales, traduit l'effet psychologique créé par l'adhésion de grandes familles aristocratiques, surtout celles de sang royal comme les Bourbons et Condés, à cause de la force d'entraînement de leurs vastes clientèles. La nouvelle formulation religieuse a aussi beaucoup séduit les gradués de l'université (justice et médecine), les milieux marchands des grandes places et les artisans, surtout ceux du textile et du cuir, qui forment toujours le noyau numériquement le plus important des communautés calvinistes. Religion du Livre, le protestantisme a eu peu d'audience auprès des paysans et du menu peuple urbain. Beaucoup de néophytes n'ont pas résisté à l'accumulation de violences matérielles et personnelles qui accompagna les guerres et provoqua beaucoup d'abjurations. Les incitations du roi Henri IV à suivre son exemple après sa conversion n'ont fait qu'encourager ces ralliements. En 1598, le « petit troupeau », qui a perdu la moitié de ses effectifs, s'est nettement concentré dans la France du Sud qui rassemble plus de 80 % des fidèles. |